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Microsoft se lance sur le marché de la réalité augmentée avec HoloLens

Le 21 janvier, à l’occasion de la conférence Windows 10, Microsoft a présenté un nouveau produit de réalité augmentée : les lunettes HoloLens. Le nouveau produit de Microsoft présente des caractéristiques particulières à mi-chemin entre les Google Glass et l’Oculus Rift.  Microsoft c’était déjà aventuré dans le domaine de la réalité augmentée avec le dispositif Room Alive mais s’insère avec son nouveau produit hybride dans le secteur très concurrentiel des lunettes et des casques AR.

L’HoloLens : un casque holographique

A la marge de son évènement de présentation de Windows 10, Microsoft a dévoilé un produit relativement inattendu, un casque de réalité augmentée. Développé  en grand secret par Microsoft en partenariat avec la NASA, l’HoloLens est relativement inclassable et ne correspond pas à un type de produits préexistant. C’est un produit novateur à la croisée des chemins entre réalité virtuelle et réalité augmenté. Le HoloLens se présente comme un casque mais à la différence des concurrents comme l’Occulus Rift par exemple, il ne coupe pas l’utilisateur de l’extérieur. En effet, l’HoloLens ne comporte pas d’écran mais une visière transparente couplée à des verres de lunette ce qui permet d’afficher des hologrammes qui se superposent à l’environnement de l’utilisateur. Les lunettes par un système de lentilles complexes projettent une lumière qui est perçue en trois dimensions par le cerveau et se juxtapose au champ de vision de l’utilisateur. Une fois le casque activé différents éléments seront visibles par l’utilisateur et intégrés dans son environnement. Ces éléments seront visibles seulement par l’utilisateur, les personnes autour de lui ne pourront pas les voir, le casque n’étant pas un projeteur d’hologramme.

Le HoloLens tel que présenté par Microsoft à la conférence Windows 10
f Source : Microsoft

Présenté comme « le système holographique le plus avancé du monde », l’HoloLens intègre un processeur, un processeur graphique et un processeur dédié aux fonctions holographiques. Ces éléments sont complétés par une série de capteurs et de caméras qui permettent au casque d’appréhender l’environnement autour de l’utilisateur pour y intégrer les hologrammes. Microsoft a également utilisé son savoir-faire acquis avec Kinnect et le casque intègre des capteurs de mouvement et un micro pour pouvoir contrôler les hologrammes par le geste ou la parole. Le casque propose en outre un système de son holophonique. Enfin, son utilisation ne devrait pas nécessiter de branchement.
Les applications du casque Microsoft sont très nombreuses tant dans le domaine des loisirs que dans le domaine professionnel. La première possibilité est d’afficher en hologramme dans le champ de vision de l’utilisateur différentes applications simples :  par exemple il sera possible d’afficher ses mails ou la météo en 3D sur une table basse, le frigo ou simplement un mur blanc. Le casque devrait permettre de visionner des contenus audiovisuels en simulant la présence d’un écran dans son champ de vision.

Exemples d’utilisation de l’HoloLens dans l’environnement quotidien de l’utilisateur
f Source : Microsoft

Dans le domaine professionnel, Microsoft a évoqué plusieurs applications : visio-conférence Skype enrichie d’hologrammes ou encore plan en 3D pour l’ingénierie. Cependant, la partie la plus impressionnante de la conférence de Microsoft a été la présentation de ces possibilités étendues au jeu vidéo Minecraft . Dans la vidéo de présentation, le casque semble capable d’afficher en 3D des éléments du jeu qui épousent la physionomie du lieu où se trouve l’utilisateur.

Le HoloLens permet une projection holographique de contenus en surimpression dans
le champ de vision de l’utilisateur : ici la projection d’éléments du jeu Minecraft
f Source : Microsoft

Un produit hybride entre les lunettes connectées et le casque de réalité virtuelle

Le produit de Microsoft présente des analogies avec les caques de réalité virtuelle, les deux produits peuvent être définis comme des casques offrant de nouvelles façons d’interagir avec les contenus, mais l’HoloLens n’est définitivement pas un casque de réalité virtuelle. A la différence de ces derniers, le casque de Microsoft ne promet pas une coupure avec le monde réel pour entrer dans des univers virtuels en 3D mais au contraire l’HoloLens promet de faire entrer des contenus en 3D dans le monde réel. Il s’agit d’une différence majeure entre les deux produits qui proposeront deux expériences radicalement différentes et des contenus eux aussi-très différents. Les casques de réalité virtuelle ciblent ostensiblement depuis leurs débuts le jeu vidéo, et dans une moindre mesure l’audiovisuel au sens plus large. Grâce à leurs capacités d’immersion, les casques de réalité virtuels visent à considérablement enrichir la consommation de ses contenus en projetant l’utilisateur dans ces univers imaginaires.  Au contraire, Microsoft propose avec son casque de nouvelles façons d’interagir avec le monde réel.
Le HoloLens propose donc plutôt une expérience de réalité augmentée, à l’instar des Google Glass. Les lunettes connectées de Google ont constitué un des premiers produits de réalité augmentée. D’abord distribué de façon expérimentale, elles ont été progressivement commercialisées au grand public sans rencontrer le succès escompté et elles ne sont plus distribuées au grand public depuis Janvier.
Les Google Glass avaient, elles aussi, pour objectif d’enrichir le quotidien des utilisateurs par la réalité augmentée  mais les capacités technologiques du produit et l’ergonomie n’ont pas été la hauteur des ambitions du groupe. L’enrichissement de la réalité était minime et l’expérience utilisateur a largement été décriée, ce qui peut expliquer l’échec du produit. En outre, les Google Glass présentaient des similarités avec un smartphone puisque le produit était conçu comme une technologie transportable et omniprésente dans le quotidien de l’utilisateur, tout en utilisant un système d’exploitation dérivé d’Android.
De façon caricaturale, les Google Glass proposent des fonctionnalités proches de celle d’un smartphone dans un petit écran intégré dans les lunettes tout en ne disposant ni de la puissance ni de la qualité d’affichage des derniers modèles de smartphones.
L’HoloLens de Microsoft, tel qu’il a été présenté par Microsoft, constitue une offre de réalité augmentée plus aboutie technologiquement que les lunettes de Google qui ne vise pas à être transportable et utilisable partout mais aspire à enrichir certains aspects de la vie de l’utilisateur au travail ou à son domicile. En outre, Microsoft développe également un autre projet de réalité augmentée, Room Alive, qui combine les capteurs de mouvement Kinect avec des projecteurs LCD pour projeter des contenus interactifs en 3D adaptés à l’ensemble de la pièce de projection. Les deux projets sont relativement différents dans leurs usages mais complémentaires, ce qui rend envisageables des synergies en termes de recherche et développement   et qui pourrait se révéler profitable pour Microsoft en termes d’innovation dans le domaine de la réalité augmentée.
L’HoloLens semble capable de proposer une expérience réellement novatrice puisque le casque offre des possibilités inédites et pourrait constituer pour Microsoft un relais de croissance et un moyen d’affermir sa présence dans les foyers et les entreprises alors que le groupe est à la peine dans le secteur des terminaux mobiles. Microsoft n’a pas annoncé de date de lancement pour son casque et s’est contenté de promettre une commercialisation pendant toute la période d’exploitation de Windows 10.

Les casques et lunettes connectés : un secteur très concurrentiel

Microsoft dispose de sérieux atouts pour son entrée sur le marché de la réalité augmentée, du fait de son avance technologique dans le domaine des hologrammes et son expertise des capteurs de mouvements, mais le groupe devra faire face à de solides concurrents à la fois dans le domaine de la réalité augmenté et des lunettes connectées.
Le premier concurrent de Microsoft devrait être Google. Si le groupe de Mountain View a annoncé la fin de la commercialisation grand public de ses Google Glass, cela ne signifie pas pour autant la fin du projet de lunettes connectées du groupe. D’une part, les Google Glass seront toujours accessibles aux développeurs et aux professionnels. D’autre part,  la division en charge des lunettes connectées va perdre sa dimension expérimentale et se professionnaliser puisqu’elle va quitter le laboratoire du groupe, le Google X, pour constituer une division autonome sous l’autorité hiérarchique de Tony Fadell  directeur de Nest (les thermostats connectés de Google). En outre, Google a investi 542 millions de dollars en septembre 2014 pour acquérir Magic Leap, une société spécialisée dans la réalité augmentée et justement les projections holographique en 3D de contenus extrêmement réalistes. Alors qu’un nouveau modèle de Google Glass devrait être dévoilé en 2015, Google pourra capitaliser sur l’expertise de Magic Leap et le savoir-faire acquis sur l’ensemble du cycle de vie du premier modèle de lunettes connectées pour proposer un produit beaucoup plus aboutie mêlant lunettes connectées et réalité virtuelle.
Microsoft devrait faire face à un autre concurrent plus inattendu : Intel. Le géant des semi-conducteurs ne cache pas sa volonté d’investir le secteur des objets connectés et en particulier le domaine des lunettes connectées. En janvier, le groupe a investi 25 millions de dollars dans Vuzix fabricant de lunettes connectées et acquis ainsi 30% de la start-up. Vuzix est un des acteurs les plus innovants et les plus en pointe dans le domaine des lunettes connectée destinées tant à une utilisation grand public que professionnelle.
Intel a également acquis la jeune start-up suisse Composyt Light Labs qui est spécialisée dans les dispositifs d’affichage particulièrement compacts pour lunettes connectées et basés sur un microprojecteur laser Mems, un combineur holographique et un système de projection directe sur la rétine. Intel n’a pas encore annoncé  officiellement de produits mais ces différentes acquisitions, combinées à son expertise dans le domaine de l’Internet des Objets en font un concurrent potentiel de poids pour Microsoft.